Claude Malhuret: A French Lesson

Brut America, “French Senator criticizes Trump,” YouTube, 7 March 2025

French politician Claude Malhuret critiqued the United States’ shifting stance on Ukraine and targeted President Donald Trump in his remarks during a general session of the French Senate on Tuesday.

Source: YouTube. Thanks to Olga Klymenko and Nancy Ries for the heads-up.


Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mes chers Collègues,

L’Europe est à un tournant critique de son histoire. Le bouclier américain se dérobe, l’Ukraine risque d’être abandonnée, la Russie renforcée.

Washington est devenu la cour de Néron, un empereur incendiaire, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine chargé de l’épuration de la fonction publique.

C’est un drame pour le monde libre, mais c’est d’abord un drame pour les États-Unis. Le message de Trump est que rien ne sert d’être son allié puisqu’il ne vous défendra pas, qu’il vous imposera plus de droits de douane qu’à ses ennemis et vous menacera de s’emparer de vos territoires tout en soutenant les dictatures qui vous envahissent.

Le roi du deal est en train de montrer ce qu’est l’art du deal à plat ventre. Il pense qu’il va intimider la Chine en se couchant devant Poutine, mais Xi Jinping, devant un tel naufrage, est sans doute en train d’accélérer les préparatifs de l’invasion de Taïwan.

Jamais dans l’histoire un président des États-Unis n’a capitulé devant l’ennemi. Jamais aucun n’a soutenu un agresseur contre un allié. Jamais aucun n’a piétiné la Constitution américaine, pris autant de décrets illégaux, révoqué les juges qui pourraient l’en empêcher, limogé d’un coup l’état-major militaire, affaibli tous les contre-pouvoirs et pris le contrôle des réseaux sociaux.

Ce n’est pas une dérive illibérale, c’est un début de confiscation de la démocratie. Rappelons-nous qu’il n’a fallu qu’un mois, trois semaines et deux jours pour mettre à bas la République de Weimar et sa Constitution.

J’ai confiance dans la solidité de la démocratie américaine et le pays proteste déjà. Mais en un mois, Trump a fait plus de mal à l’Amérique qu’en quatre ans de sa dernière présidence. Nous étions en guerre contre un dictateur, nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître.

Il y a huit jours, au moment même où Trump passait la main dans le dos de Macron à la Maison-Blanche, les États-Unis votaient à l’ONU avec la Russie et la Corée du Nord contre les Européens réclamant le départ des troupes russes.

Deux jours plus tard, dans le bureau ovale, le planqué du service militaire donnait des leçons de morale et de stratégie au héros de guerre Zelensky avant de le congédier comme un palefrenier en lui ordonnant de se soumettre ou de se démettre.

Cette nuit, il a franchi un pas de plus dans l’infamie en stoppant la livraison d’armes pourtant promise. Que faire devant cette trahison ? La réponse est simple: faire face.

Et d’abord ne pas se tromper. La défaite de l’Ukraine serait la défaite de l’Europe. Les Pays-Baltes, la Géorgie, la Moldavie sont déjà sur la liste. Le but de Poutine est le retour à Yalta où fut cédée la moitié du continent à Staline.

Les pays du Sud attendent l’issue du conflit pour décider s’ils doivent continuer à respecter l’Europe ou s’ils sont désormais libres de la piétiner.

Ce que veut Poutine, c’est la fin de l’ordre mis en place par les États-Unis et leurs alliés il y a 80 ans, avec comme premier principe l’interdiction d’acquérir des territoires par la force.

Cette idée est à la source même de l’ONU, où aujourd’hui les Américains votent en faveur de l’agresseur et contre l’agressé, parce que la vision trumpienne coïncide avec celle de Poutine: un retour aux sphères d’influence, les grandes puissances dictant le sort des petits pays.

À moi le Groenland, le Panama et le Canada, à toi l’Ukraine, les Pays-Baltes et l’Europe de l’Est, à lui Taïwan et la mer de Chine.

On appelle cela, dans les soirées des oligarques du golfe de Mar-a-Lago, le “réalisme diplomatique”.

Nous sommes donc seuls. Mais le discours selon lequel on ne peut résister à Poutine est faux. Contrairement à la propagande du Kremlin, la Russie va mal. En trois ans, la soi-disant deuxième armée du monde n’a réussi à grappiller que des miettes d’un pays trois fois moins peuplé.

Les taux d’intérêt à 25 %, l’effondrement des réserves de devises et d’or, l’écroulement démographique montrent qu’elle est au bord du gouffre. Le coup de pouce américain à Poutine est la plus grande erreur stratégique jamais commise lors d’une guerre.

Le choc est violent, mais il a une vertu. Les Européens sortent du déni. Ils ont compris en un jour à Munich que la survie de l’Ukraine et l’avenir de l’Europe sont entre leurs mains et qu’ils ont trois impératifs.

Accélérer l’aide militaire à l’Ukraine pour compenser le lâchage américain, pour qu’elle tienne, et bien sûr pour imposer sa présence et celle de l’Europe dans toute négociation.

Cela coûtera cher. Il faudra en terminer avec le tabou de l’utilisation des avoirs russes gelés. Il faudra contourner les complices de Moscou à l’intérieur même de l’Europe par une coalition des seuls pays volontaires, avec bien sûr le Royaume-Uni.

En second lieu, exiger que tout accord soit accompagné du retour des enfants kidnappés, des prisonniers et de garanties de sécurité absolues. Après Budapest, la Géorgie et Minsk, nous savons ce que valent les accords avec Poutine. Ces garanties passent par une force militaire suffisante pour empêcher une nouvelle invasion.

Enfin, et c’est le plus urgent, parce que c’est ce qui prendra le plus de temps, il faudrait bâtir la défense européenne négligée, au profit du parapluie américain depuis 1945 et sabordée depuis la chute du mur de Berlin.

C’est une tâche herculéenne, mais c’est sur sa réussite ou son échec que seront jugés dans les livres d’Histoire les dirigeants de l’Europe démocratique d’aujourd’hui.

Friedrich Merz vient de déclarer que l’Europe a besoin de sa propre alliance militaire. C’est reconnaître que la France avait raison depuis des décennies en plaidant pour une autonomie stratégique.

Il reste à la construire. Il faudra investir massivement, renforcer le Fonds européen de défense hors des critères d’endettement de Maastricht, harmoniser les systèmes d’armes et de munitions, accélérer l’entrée dans l’Union de l’Ukraine, qui est aujourd’hui la première armée européenne, repenser la place et les conditions de la dissuasion nucléaire à partir des capacités françaises et britanniques, relancer les programmes de boucliers antimissiles et de satellites.

Le plan annoncé hier par Ursula von der Leyen est un très bon point de départ. Et il faudra beaucoup plus.

L’Europe ne redeviendra une puissance militaire qu’en redevenant une puissance industrielle. En un mot, il faudra appliquer le rapport Draghi. Pour de bon.

Mais le vrai réarmement de l’Europe, c’est son réarmement moral.

Nous devons convaincre l’opinion face à la lassitude et à la peur de la guerre, et surtout face aux comparses de Poutine, l’extrême droite et l’extrême gauche.

Ils ont encore plaidé hier à l’Assemblée nationale, Monsieur le Premier ministre, devant vous, contre l’unité européenne, contre la défense européenne.

Ils disent vouloir la paix. Ce que ni eux ni Trump ne disent, c’est que leur paix, c’est la capitulation, la paix de la défaite, le remplacement de de Gaulle Zelensky par un Pétain ukrainien à la botte de Poutine.

La paix des collabos qui ont refusé depuis trois ans toute aide aux Ukrainiens.

Est-ce la fin de l’Alliance Atlantique? Le risque est grand. Mais depuis quelques jours, l’humiliation publique de Zelensky et toutes les décisions folles prises depuis un mois ont fini par faire réagir les Américains.

Les sondages sont en chute. Les élus républicains sont accueillis par des foules hostiles dans leurs circonscriptions. Même Fox News devient critique.

Les Trumpistes ne sont plus en majesté. Ils contrôlent l’exécutif, le Parlement, la Cour suprême et les réseaux sociaux.

Mais dans l’histoire américaine, les partisans de la liberté l’ont toujours emporté. Ils commencent à relever la tête.

Le sort de l’Ukraine se joue dans les tranchées, mais il dépend aussi de ceux qui, aux États-Unis, veulent défendre la démocratie, et ici de notre capacité à unir les Européens, à trouver les moyens de leur défense commune, et à refaire de l’Europe la puissance qu’elle fut un jour dans l’histoire et qu’elle hésite à redevenir.

Nos parents ont vaincu le fascisme et le communisme au prix de tous les sacrifices.

La tâche de notre génération est de vaincre les totalitarismes du XXIe siècle.

Vive l’Ukraine libre, vive l’Europe démocratique.

Source: “Claude Malhuret: situation en Ukraine et sécurité en Europe,” Les Indépendants – République & Territoires, 4 March 2025


Senator Claude Malhuret

Mr. President, Mr. Prime Minister, Ladies and Gentlemen Ministers, My dear colleagues,

Europe is at a critical turning point in its history. The American shield is crumbling, Ukraine risks being abandoned, Russia strengthened.

Washington has become the court of Nero, a fiery emperor, submissive courtiers and a ketamine-fueled jester in charge of purging the civil service.

This is a tragedy for the free world, but it is first and foremost a tragedy for the United States. Trump’s message is that there is no point in being his ally since he will not defend you, he will impose more customs duties on you than on his enemies and will threaten to seize your territories while supporting the dictatorships that invade you.

The king of the deal is showing what the art of the deal is all about. He thinks he will intimidate China by lying down before Putin, but Xi Jinping, faced with such a shipwreck, is probably accelerating preparations for the invasion of Taiwan.

Never in history has a President of the United States capitulated to the enemy. Never has anyone supported an aggressor against an ally. Never has anyone trampled on the American Constitution, issued so many illegal decrees, dismissed judges who could have prevented him from doing so, dismissed the military general staff in one fell swoop, weakened all checks and balances, and taken control of social media.

This is not an illiberal drift, it is the beginning of the confiscation of democracy. Let us remember that it took only one month, three weeks and two days to bring down the Weimar Republic and its Constitution.

I have faith in the strength of American democracy, and the country is already protesting. But in one month, Trump has done more harm to America than in four years of his last presidency. We were at war with a dictator, now we are fighting a dictator backed by a traitor.

Eight days ago, at the very moment that Trump was rubbing Macron’s back in the White House, the United States voted at the UN with Russia and North Korea against the Europeans demanding the withdrawal of Russian troops.

Two days later, in the Oval Office, the military service shirker was giving war hero Zelensky lessons in morality and strategy before dismissing him like a groom, ordering him to submit or resign.

Tonight, he took another step into infamy by stopping the delivery of weapons that had been promised. What to do in the face of this betrayal? The answer is simple: face it.

And first of all, let’s not be mistaken. The defeat of Ukraine would be the defeat of Europe. The Baltic States, Georgia, Moldova are already on the list. Putin’s goal is to return to Yalta, where half the continent was ceded to Stalin.

The countries of the South are waiting for the outcome of the conflict to decide whether they should continue to respect Europe or whether they are now free to trample on it.

What Putin wants is the end of the order put in place by the United States and its allies 80 years ago, with its first principle being the prohibition of acquiring territory by force.

This idea is at the very source of the UN, where today Americans vote in favor of the aggressor and against the attacked, because the Trumpian vision coincides with that of Putin: a return to spheres of influence, the great powers dictating the fate of small countries.

Mine is Greenland, Panama and Canada, you are Ukraine, the Baltics and Eastern Europe, he is Taiwan and the China Sea.

At the parties of the oligarchs of the Gulf of Mar-a-Lago, this is called “diplomatic realism.”

So we are alone. But the talk that Putin cannot be resisted is false. Contrary to the Kremlin’s propaganda, Russia is in bad shape. In three years, the so-called second largest army in the world has managed to grab only crumbs from a country three times less populated.

Interest rates at 25%, the collapse of foreign exchange and gold reserves, the demographic collapse show that it is on the brink of the abyss. The American helping hand to Putin is the biggest strategic mistake ever made in a war.

The shock is violent, but it has a virtue. Europeans are coming out of denial. They understood in one day in Munich that the survival of Ukraine and the future of Europe are in their hands and that they have three imperatives.

Accelerate military aid to Ukraine to compensate for the American abandonment, so that it holds, and of course to impose its presence and that of Europe in any negotiation.

This will be expensive. It will be necessary to end the taboo of the use of frozen Russian assets. It will be necessary to circumvent Moscow’s accomplices within Europe itself by a coalition of only the willing countries, with of course the United Kingdom.

Second, demand that any agreement be accompanied by the return of kidnapped children, prisoners and absolute security guarantees. After Budapest, Georgia and Minsk, we know what agreements with Putin are worth. These guarantees require sufficient military force to prevent a new invasion.

Finally, and this is the most urgent, because it is what will take the most time, we must build the neglected European defence, to the benefit of the American umbrella since 1945 and scuttled since the fall of the Berlin Wall.

It is a Herculean task, but it is on its success or failure that the leaders of today’s democratic Europe will be judged in the history books.

Friedrich Merz has just declared that Europe needs its own military alliance. This is to recognize that France has been right for decades in arguing for strategic autonomy.

It remains to be built. It will be necessary to invest massively, to strengthen the European Defence Fund outside the Maastricht debt criteria, to harmonize weapons and munitions systems, to accelerate the entry into the Union of Ukraine, which is today the leading European army, to rethink the place and conditions of nuclear deterrence based on French and British capabilities, to relaunch the anti-missile shield and satellite programs.

The plan announced yesterday by Ursula von der Leyen is a very good starting point. And much more will be needed.

Europe will only become a military power again by becoming an industrial power again. In a word, the Draghi report will have to be implemented. For good.

But the real rearmament of Europe is its moral rearmament.

We must convince public opinion in the face of war weariness and fear, and especially in the face of Putin’s cronies, the extreme right and the extreme left.

They argued again yesterday in the National Assembly, Mr Prime Minister, before you, against European unity, against European defence.

They say they want peace. What neither they nor Trump say is that their peace is capitulation, the peace of defeat, the replacement of de Gaulle Zelensky by a Ukrainian Pétain at the beck and call of Putin.

Peace for the collaborators who have refused any aid to the Ukrainians for three years.

Is this the end of the Atlantic Alliance? The risk is great. But in the last few days, the public humiliation of Zelensky and all the crazy decisions taken in the last month have finally made the Americans react.

Polls are falling. Republican lawmakers are being greeted by hostile crowds in their constituencies. Even Fox News is becoming critical.

The Trumpists are no longer in their majesty. They control the executive, the Parliament, the Supreme Court and social networks.

But in American history, the freedom fighters have always prevailed. They are beginning to raise their heads.

The fate of Ukraine is being played out in the trenches, but it also depends on those in the United States who want to defend democracy, and here on our ability to unite Europeans, to find the means for their common defense, and to make Europe the power that it once was in history and that it hesitates to become again.

Our parents defeated fascism and communism at great cost.

The task of our generation is to defeat the totalitarianisms of the 21st century.

Long live free Ukraine, long live democratic Europe.

Source: Ryan Grenoble, “Stop What You’re Doing And Watch This French Senator’s Take On Trump, Musk,” Huffpost, 6 March 2025. Photo courtesy of the Bulletin of the Atomic Scientists

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